Pearspicacity 🍐

Nouvelles vies

Presque sept mois depuis le dernier billet, avouez que vous pensiez que ce blog avait été oublié et enterré comme d'autres avant lui mais que nenni ! Je n'avais juste pas trop la tête à l'écriture posée depuis le printemps, car il s'est passé pas mal de choses dans ma vie pendant ce hiatus épistolaire.

A commencer par une entrée dans le monde du travail quasi-indépendant par le biais d'une coopérative d'activité et d'emploi, me permettant de facturer des services de consultant et de développeur commercial à des studios ou des éditeurs en quête de renfort. C'est grâce à elle que j'accompagne — de façon pas toujours contractuelle pour l'instant — une dizaine d'équipes en recherche de financements, d'éditeurs et/ou de nouveaux clients dans le joyeux paysage économique actuel. La majorité des jeux que j'évalue et que j'essaie de placer au meilleur endroit possible ont des budgets tout à fait raisonnables par rapport à leurs ambitions et leurs lieux de production, mais les investisseurs en capacité de mettre ce genre de billes au pot sont particulièrement frileux et inondés de propositions à évaluer depuis la fin de la "bulle Covid".

Cette dernière à elle seule n'explique pas la contraction générale des dépenses, beaucoup de boîtes du milieu se sont également rendu compte de la difficulté à fonctionner de manière traditionnelle dans une période où les chamboulements et les incertitudes s'empilent toujours plus rapidement. En attendant de trouver des partenaires sérieux pour la plupart des studios qui me font confiance (merci à eux !), je suis donc déjà fier d'avoir pu négocier une enveloppe suffisante pour que les copinous de Tohu Bohu (aussi en coopérative !) puissent terminer le développement Beware of the Cartographer! avec un poil plus de sérénité.

Impossible de vous donner plus de détails sur cette première réussite car je suis tenu au secret professionnel mais je peux vous promettre que ça vaudra le coup d'attendre l'annonce officielle de la collaboration et surtout la sortie du jeu si vous avez aimé la courte démo disponible sur Steam depuis quelques mois. Pour rester du côté des studios basés en France et en train de façonner de chouettes expériences tout en cherchant des sous pour les terminer dans de meilleures conditions, gardez aussi un oeil sur le road trip climato-introspectif d'Ithaca et les duels de cartes satiriques de The Arab League of Misfits, c'est pas tous les jours qu'on voit des jeux aussi uniques.

Un autre moment fort de ces derniers mois fut la première Gamescom à mon propre compte, après de nombreuses éditions en tant qu'employé de boîtes bien installées. C'est bizarrement plus facile d'obtenir des rendez-vous en tant que journaliste spécialisé, sourcier en édition ou représentant d'investisseur qu'en tant qu'électron libre d'un label inconnu au bataillon, même si c'est toujours drôle de voir comment les gens prononcent ou réagissent au nom fruité de Pearspicacity, ce dont je suis assez fier. J'ai pourtant réussi à remplir mon agenda de façon à rencontrer au moins une personne par heure sur cette virée de deux jours et demi, ce qui laisse le temps de souffler un peu et de réduire le risque d'épuisement ou de maladie surprise après le salon (le masque a aidé aussi, y compris pour se faire repérer au milieu de la foule). Petite dédicace bonus au camarade Olivier de Seaven Studio qui a partagé sa chambre et son petit-déjeuner avec moi pour un prix d'ami imbattable ; faites donc appel à ses services pour vos portages et sorties sur consoles à l'occasion !

Cette édition était particulière pour une autre raison, car j'y voyais aussi des patrons ou chefs d'équipe pour causer d'un recrutement salarié en parallèle de ma nouvelle activité en freelance. Une de ces discussions est encore en cours sur un poste de bizdev à distance pour une grosse boîte installée en Asie, les autres ont été mises en pauses ou stoppées de manière tout à fait cordiale. J'avoue que ce n'est pas toujours évident de jongler entre les casquettes et les objectifs de manière rapide, surtout pour quelqu'un qui préfère ne pas laisser trop de choses en suspens pour éviter de s'éparpiller. Cela dit, la porosité entre les positions de chercheur d'emploi et de prestataire externe peut amener vers des échanges inattendus et ouvrir des portes qu'on pensait hermétiquement closes, ce qui motive pas mal quand on navigue en bonne partie à vue dans sa carrière. Un de mes regrets est d'avoir loupé le développeur et le stand de Ghost of a Tale 2 sur place, étant donné notre passif durablement lié au premier jeu de la saga, mais on se rattrapera ailleurs.

Pour finir, la plus belle et importante nouvelle que je puisse partager ici reste l'accession récente au statut de daron (imaginez maintenant le gif du "AH !" de Denis Brogniart combiné au bruit de détection de Metal Gear Solid). Si ma compagne et moi avons longtemps préféré côtoyer les enfants des autres, on a décidé de faire le grand saut dans l'inconnu après moult années ensemble et des contacts prolongés avec les chouettes bambins d'amis ayant eu le tact de ne pas essayer de nous convaincre d'en faire au plus vite. Je soupçonne toutefois que certains avaient l'intention de nous convertir de façon subliminale mais si c'est bien le cas, l'illusion fut parfaite. Là encore, vous n'aurez pas plus de détails sur ce premier enfant couvert par le sceau de la vie privée en ligne mais je peux vous promettre que notre progéniture sera élevée de façon exemplaire pour apprendre à reconnaître les jeux faits avec ou sans IA générative ou finir n'importe quel Metal Slug sans utiliser plus de trois crédits (et aucun rewind).

Sur ce, je retourne m'occuper de cette petite créature souvent bruyante et odorante mais surtout craquante et stupéfiante, avant qu'elle se transforme en alarme incendie humaine parce qu'elle aura un peu trop attendu son biberon. Je suis d'ailleurs retombé doucement dans Card Crawl 2, Hopelite et Marvel Snap pour occuper les moments à une main où elle s'endort sur mon épaule après un repas, mais doit encore rester un bon quart d'heure à la verticale afin de ne pas régurgiter le contenu de son estomac sur sa gigoteuse et/ou son matelas... Alors que pendant les quelques plages de calme autorisant un allumage de console, je tente de boucler le nouvel Onimusha aux combats grisants mais à la structure globale un peu trop artificielle et délayée pour son propre bien, avant de me lancer dans le nouveau Castlevania développé et se déroulant en France (la démo était chouette malgré des effets visuels empiétant sur la lisibilité des attaques ennemies et une fenêtre d'esquive bizarrement calibrée à mon goût).

Matthieu / boulap'